Intervention sur la petite enfance et l'offre de crèches
- Saint-Maurice En commun
- 2 mai
- 4 min de lecture
M. le Maire, mes chers collègues,
Je souhaite intervenir aujourd'hui sur plusieurs points importants concernant l'avenir de la petite enfance à Saint-Maurice, en particulier en ce qui concerne la gestion publique de nos crèches municipales.
Nous avons soutenu le vote de la prime d’attractivité pour les agents de la petite enfance, notamment en raison des difficultés de recrutement dans ce secteur en tension. Cette prime représente un geste significatif pour attirer et maintenir les professionnels dans un secteur essentiel, garant du maintien d'un service public de qualité. Cela est d'autant plus important au vu des évolutions récentes du cadre réglementaire, notamment sur les diplômes des professionnels des micro-crèches, qui rendront le recrutement encore plus complexe. Cette prime est donc un levier essentiel pour préserver et renforcer le service public dans nos crèches municipales.
Cependant, il est regrettable que cette prime ne soit pas versée à l'ensemble des professionnels, et notamment aux agents techniques dédiés au ménage, qui interviennent pourtant directement auprès des enfants, notamment pendant les repas des tout-petits. C’est un point que nous devons absolument rectifier pour garantir une cohérence et une équité dans notre politique de valorisation des agents publics.
Passons maintenant à la question de l’élaboration du schéma pluriannuel de maintien et de développement de l'offre d'accueil du jeune enfant, instauré par la loi du 18 décembre 2023 pour le plein emploi. Ce schéma est un outil important pour la planification et la gestion de l’accueil des jeunes enfants dans notre commune. Nous avons attendu ce schéma avec impatience, car il marque la volonté de la commune de s'engager pleinement dans sa nouvelle compétence en tant que cheffe de file de l’organisation de l’accueil de la petite enfance.
Nous saluons la démarche entreprise par la municipalité, d'autant plus qu’elle a été réalisée alors qu'aucun décret n'était encore paru. Le premier décret, précisant l’application de l'article 17 de la loi pour le plein emploi, est sorti le 21 mars 2024 et clarifie les modalités de ce schéma. Toutefois, il est à noter que ce premier travail réalisé sur le schéma ne couvre pas encore toutes les obligations précisées dans le décret, notamment en ce qui concerne les modalités de développement quantitatif et qualitatif des équipements et services d'accueil, ainsi que le calendrier et le coût prévisionnel des opérations projetées. Ces éléments devront impérativement être intégrés dans le schéma afin de garantir une planification cohérente et durable.
De plus, à Saint-Maurice, ce premier travail devrait nous permettre de constater que l’offre de crèches n’est pas encore à la hauteur des besoins, surtout en ce qui concerne les crèches publiques. Le décret nous invite à identifier les zones où l’offre est insuffisante. Il est presque certain que le quartier Panoramis rencontre de véritable besoin surtout avec l’implantation des nouveaux logements à proximité. La fermeture de la crèche des Goélands a d’ailleurs accentué ce manque, rendant visible la nécessité d’une réimplantation d’une crèche municipale dans le quartier Panoramis, avec 20 berceaux supplémentaires. Nous demandons également l’implantation de 10 berceaux supplémentaires dans cette nouvelle crèche, afin de renforcer l’offre publique face à la délégation croissante de services privés. Ces 10 berceaux, dont nous sommes réservataires auprès des "Mininous", ne constituent pas une offre pérenne, et c'est pourquoi nous en avons besoin dans notre contingent en régie directe.
Enfin, concernant la prise en compte du décret, il est à noter qu’il précise les modalités de développement, de redéploiement, ainsi que le calendrier de réalisation et les coûts prévisionnels des opérations projetées. Or, ces éléments ne figurent pas encore dans le schéma actuel. Ils devront être intégrés pour que ce schéma devienne réellement un outil efficace et opérationnel pour le développement du service public de la petite enfance.
Nous avons insisté auprès de la majorité pour obtenir ce schéma, car nous sommes convaincus de son importance dans la construction d'une politique publique cohérente et ambitieuse. C'est un premier pas, mais il reste encore beaucoup à faire pour répondre aux besoins réels des familles de notre commune.
Il est cependant important de revenir sur un point fondamental : le besoin d'une offre de crèches en régie directe. Effectivement, lors de la dernière commission, vous avez souligné que nous étions très critiques à l’égard de certaines de vos décisions. Je tiens à préciser ici que nous ne critiquons pas l’offre d’accueil en régie directe, mais bien vos choix en matière de délégation de service public.
Nous pensons fermement que les crèches municipales, gérées en régie directe, sont l'élément fondamental pour garantir une égalité d’accès aux services pour toutes les familles, mais aussi pour offrir des conditions de travail de qualité aux agents. L'expérience montre que la gestion en régie directe permet une plus grande flexibilité, réactivité et adaptation aux besoins spécifiques des familles saint-mauriciennes.
Nous réitérons notre conviction : une offre de crèches en régie directe est indispensable pour maintenir un service public de qualité, équitable et pérenne. Déléguer à des entreprises privées, même si cela peut paraître économique sur le court terme, présente des risques sur le long terme pour l’accès aux places, la qualité de l’accueil, et la formation des professionnels, qui sont des éléments essentiels pour le bien-être de nos enfants.
Conclusion : Critique de la délégation de service public
Iln’est pas surprenant que nous nous opposions fermement à la délégation de service public, surtout lorsqu'il s'agit de l’accueil de nos enfants. Aujourd’hui, il est évident que confier nos crèches à des entreprises privées, telles que Babilou, c’est avant tout confier un bien public à la quête du profit. Ces multinationales, qui placent la rentabilité avant la qualité, ne visent que leurs intérêts financiers et non l’intérêt général des enfants, des familles et des travailleurs.
Ce choix est encore plus préoccupant dans un moment où un nouveau service public de la petite enfance se structure, porté par la loi du 18 décembre 2023. Nous croyons qu'il est inacceptable de privatiser ce service essentiel à notre société, qui doit rester un bien commun. Les crèches municipales doivent rester sous le contrôle direct des communes, gérées par des agents publics, afin de garantir l'accès universel, la qualité de l'accueil et les conditions de travail dignes pour le personnel.
C'est pourquoi, nous demandons avec force la gestion publique et directe des crèches, loin des appétits financiers des entreprises privées, pour un service de la petite enfance véritablement solidaire, humain et équitable.
Commentaires